À PROPOS

Enfant, mon rêve était d’être photographe de guerre. Partir, témoigner, saisir l’insupportable pour que le monde le regarde en face. Mes parents n’ont pas soutenu ce projet (on se demande pourquoi) : j’ai rangé ce rêve sans l’oublier. L’adolescence se passe sur les skis. La compétition au niveau international forge ma persévérance, et la montagne devient un territoire que je ne quitterai plus.
Vient ensuite le choix d’un métier : technicien-dentiste, appris dès 16 ans. Un métier de précision du geste, d’exigence du détail à l’échelle du dixième de millimètre. La maîtrise fédérale obtenue en 2000, je deviens associé d’un laboratoire à Genève, que je codirige pendant 23 ans. Depuis 2008, l’enseignement à l’École du domaine dentaire me permet de transmettre ce savoir. Mon parcours s’est construit bloc par bloc, sur deux piliers : la relation humaine et l’engagement au quotidien.
Quelque chose reste pourtant inachevé. En 2012, mon attention se porte enfin sur ce qui manquait depuis longtemps. Festi’neuch m’ouvre ses portes et me voilà dans la fosse avec une seule mission : partager mon regard. L’expérience m’entraîne vers des centaines de concerts dans les salles alternatives de Genève et de Suisse romande. L’œil s’aiguise à capturer la fraction de seconde où un musicien s’abandonne.
Depuis plus de dix ans, le Palp Festival me confie sa photographie officielle. Une collaboration fidèle, où chaque édition affine un regard commun. C’est ce travail que d’autres ont remarqué.
Le bouche-à-oreille m’a ensuite ouvert des univers très différents : études d’avocats, banque, manufacture horlogère, événements culturels, sportifs, artisans. Des clients qui ont en commun l’exigence et la certitude qu’une image forte change tout. D’un backstage à une salle de réunion, je reste le même, et les gens se sentent vite en confiance, comme si l’on se connaissait déjà. L’architecture est venue naturellement : lire une façade, une matière, une ligne de lumière demande la même patience que celle du laboratoire. En studio, le portrait comporte un autre défi : mettre les gens à l’aise pour les révéler, parfois les surprendre eux-mêmes. Et pour les clients qui le souhaitent, la vidéo prolonge l’image fixe.
En 2024, ma vie se réorganise. Je quitte le laboratoire pour me consacrer à deux passions : la photographie et l’enseignement. Avoir été chef d’entreprise a affiné ma capacité à écouter un client, tenir une promesse, m’adapter sans me perdre. C’est sans doute pour cela que les mandats s’étoffent et se renouvellent, avec un plaisir partagé.
Le gamin qui voulait partir en zone de guerre n’a pas disparu. Il a appris à trouver l’intensité de la vie dans tous les univers que son objectif embrasse.